J'ai 30 ans et Paris vit une époque étrange.
Trop de monde et pas assez de place. C’est triste!
Trop de monde et pas assez de travail. C’est dur!
Mais c’est le lot d’une époque qui subit les premiers revers d’une économie sans cœur. Tant pis pour nous et on fait avec. Du coup on travaille comme des cinglés pour couvrir les frais d’une vie de parisien.
Une vie de parisien est très agitée...
Il faut beaucoup courir pour ne pas manquer de temps. Parfois il faut même le rattraper parce qu’on a passé cinq minutes de trop à la terrasse d’un bistrot, parce qu’on s’est attardé à regarder des enfants s’agiter autour d’un ballon, parce qu’à ce moment là on a eu tort de prendre le temps de vivre.
C’est le lot d’une vie entrechoquée de moment merveilleux et de contraintes inacceptables. Si ses moments merveilleux sont ces mille rencontres parsemées de surprises, c’est aussi boire à grandes gorgées tout ce qui est proposé de faire.
Pourtant dans ce monde aux incommensurables surprises, je m’ennuie à mourir. Je ne suis pas encore morte mais ça ne saurait tarder.
Malgré moi chaque jour ressemble au précédent et chaque matin renouvelle son spleen.
J’ai un cadre agréable, je suis née dans une famille pleine de fantaisie, j’ai un bon niveau d’étude, je suis initiée aux douceurs oisives telles la musique, le théâtre, le cinéma et je pratique toute une ribambelle d’activités physiques. J’ai un travail plutôt plaisant, en haut de l’échelle des boulots alliant l’utile à l’agréable. Il rémunère une existence confortable, laissant beaucoup de place aux loisirs festifs et aux tendres pêchés de notre époque.
Pourtant cette vie pleine de direction n’a aucun sens.
Le personnage que j’incarne n’a pas trouvé le rôle qui le mènera au devant de la scène.
Je désespère de ne pas savoir comment l’y guider et pourtant je ne pense qu’à cela. Les obstacles me semblent insurmontables mais surtout pathétiques. On peut prendre plaisir à gravir des montagnes quand on sait que le ciel, la haut, se parera de la beauté du jamais vu.
Mais là. Vers où aller ?
Mon esprit agite constamment des milliers d’idées. Des idées de famille, des idées de création musicales, des idées d’architectures, des idées d’affaires, des idées d’écriture. Quand l’une d’elle parvient à s’approprier toute ma concentration aussitôt une autre vient tout bousculer, et me plonge aussitôt dans l’impossibilité totale de faire quoi que ce soit. Génération pub, on m'a appris dés mon plus jeune âge à zapper d'un sujet vers un autre.
Je suis à ce moment même au chevet de mon premier livre. Inexistant il agonise déjà sous le poids de projets plus ambitieux.
Mon personnage est multidisciplinaire. Parfois il est moi, parfois l’autre, un jour musicien le lendemain homme d’affaires. C’est un homme puis une femme, et parfois il frôle l’androgynéité. Le seul lien qui unit tous ces personnages qui ne forment qu’un c’est qu’ils ne savent qui ils sont ni quel est le sens de leur existence. Ils représentent à eux tous la société contemporaine, la race humaine avec son constant besoin de remise en question.
Si vous vous reconnaissez, si vous vous plaisez parfois à vous reconnaître dans ces lignes c’est que vous faîtes partie de cette génération pommée entre deux grandes époques, deux grands faits historiques, passés ou futurs. Vous êtes inutiles donc le personnage principal de ce blog à l'humour cinglant et décalé.